Le facteur n'est pas passé ...
2007-05-30
Je n'ai plus aucune notion de la date. On est fin mai. Je ne sais rien d'autre. Les derniers jours, je les ai passé a guetter ma boîte aux lettres. Hier, mardi, je suis descendu neuf fois. Le facteur n'est pas passé. Il doit faire le pont entre le lundi de pentecote et le dimanche qui suit. Je devrais être en train de réviser mon bac, au lieu de cela, je ponctue mes journées par la télévision et les descentes à la boîte aux lettres. J'attends. J'attends une réponse. Un réponse des écoles d'architecture. Ce mot siffle si doux à mes oreilles. L'architecture. J'y pense depuis la seconde, presque trois ans. Mais aujourd'hui, le facteur s'est mis en selle pour m'apporter une réponse de Versailles, une école à proximité, réputée, sans trop de sélection, parfaite pour moi. Bref, l'Ecole. Je l'ai appris par téléphone ce midi : maman m'a appellé. Elle ne parlait pas trop, puis elle a laissé échappé à demi-mot la réponse. C'est non. La conversation s'est abrégée. Cinquante-sept secondes. Je ne réalise pas. Dans le bus, j'ai lancé mes adieux à cette ville, regardé, apprécié comme pour la dernière foi ces façades, ces élements urbains, ces immeubles dont le goût m'est venu lors du concours d'entrée : un compte-rendu d'observations sur un quartier était demandé. Dès lors, mon regard s'est aiguisé. En contemplant comme une dernière fois ces façades, c'est mon coeur qui se remplissaint de chagrin, telle une goute d'encre de Chine rend opaque. Dans ce concours, j'y ai mis toutes mes tripes. Maintenant, c'est mes tripes qui saignent, ça fait mal. Depuis presque trois ans je prépare mon entrée. Cours de dessin, stage, soirées, portes ouvertes : tout est bon. Mais cela n'a pas suffit. Que cherchent-ils ? Une fois chez moi, la lettre est amère. « Vous avez présenté ... blablabla ... ni sur la liste principale, ni sur la liste complémentaire. Je vous prie ... blabla ... signé : Le directeur, Nicolas Michelin ». Je t'emmerde, Nicolas.
La concession au cimetière est reservée.
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